Commençons par ce que nous savons tous : le titre sent les savons d'hospice, le film est réalisé par Honoré à qui l'on doit également les Chansons d'Amour que je n'ai pas vu parce que une comédie musicale, si elle n'est pas signée Burton, est généralement loupée.
La jeune interprète (Léa Seydoux, nom pas du tout évocateur, ayant déjà tourné avec le grand Loulou dans les Chansons d'Amour )a une frange, preuve que l'on s'est encore inspiré de moi, c'est dur. Le film est une adaptation très libre de La Princesse de Clève, ce qui signifie qu'au moindre jeune premier et gâté par la nature, faut pas vous emballer, elle ne sortira pas avec. Désolé de vous décevoir, c'est ça d'être cultivé : vous devinez les fins des films. Continuons avec toutes les zones d'ombres du film quand on n'a vu que la bande-annonce. A moins de continuer avec autre chose, le problème n'étant que d'avancer. L'histoire pouvant être simplifiée à son plus simple appareil (X aime Y, Z aime Y, Y aime Z, P aime Z, R aime Z, Q aime S et si tout cela était trop simple, H se permet d'aimer Q aussi ), je ferais un résumé à ma façon : prenez deux concombres, trois carottes et shakez moi tout ça. En d'autres termes... Junie est belle, très belle, c'est son ami photographe qui l'a dit : elle a la peau blanche et photogénique, la frange noire et photogénique, les yeux cernés et cinématographiques, et elle engonce son joli corps dans des pulls informes. Mais comme on ne fait pas de beautés sans âme et failles (seul Disney croit encore que cela existe), Junie est en plus très triste et très renfermée. Remarquez, on la comprend, sa maman est morte, ça en retournerait plus d'un une affaire pareille. Sans compter qu'en plus son père vit loin et n'est visiblement pas un modèle, on est chanceux ou on ne l'est pas. Alors Junie s'en va vivre chez son cousin ( et comme on est beaux de famile, le cousin est sublime et l'espace de trois secondes on oublie la Princesse de Clève et on se dit que ce qui suit va être l'histoire d'un inceste, le défaut d'un spectateur étant de toujours associer à l'écran deux personnes belles) donc, chez son beau cousin disais-je, et passe d'Henri IV (c'est classe) au Lycée Murs-Décrépis ( c'est moins classe ) . Le film débute là: premier cours de Junie, visite gratos du lycée. Je ne sais pas où Honoré a déjà vu une telle concentration de touffes chevelues, moi à part chez les Strokes je ne vois pas. Donc, touffe 1 regarde Junie, touffe 2 regarde touffe 1 puis Junie, le cousin, Matthias de son petit nom, regarde Junie.
Pause, un rebelle qui ose s'afficher avec cheveux blonds et LISSES regarde Junie. Le professeur d'anglais regarde Junie. Junie ne regarde pas Junie, quoique cela aurait été comique, mais la porte. Une cassette, dialogue d'anglais que l'on entendra jamais dans une rue londonnienne, défile. "-What can you say about the two characters? Mmmh? What's your name, Junie, isn't it? -Quoi? - In English please " Junie n'est donc pas loquace, ni avec ses professeurs, ni avec les autres élèves. Pourtant, elle pourrait faire un effort, c'est quand même les amis de son cousin, mais la belle Junie s'en fout, puisqu'on vous dit que sa maman est morte, là, faut suivre un peu. Le blond-cheveux lisse, Otto de son petit nom, aime déjà Junie à la folie, même si c'est le premier jour, même si elle l'envoie ballader, même si il ne sait pas s'habiller, après tout elle aussi a un pull moche, ça en fait des points en commun. Et Otto est bien décidé à l'avoir sa Junie, puisqu'il a la bénédiction du cousin. Pas difficile en fait, on vous a pourtant bien dit que la mère était morte, Junie a donc un grand besoin d'affection. Ca tombe bien, Otto, il n'a que ça à revendre, des calins à la pelle. Et voilà, ils se mordent les lèvres contre l'escalier, et Otto a un sourire grand comme ça, tellement grand qu'il ne voit pas que Junie est encore triste. Junie va en italien. Bon cours, très bon cours. Comprenez par là: le professeur est jeune, beau, ténébreux, sombre, et porte un magnifique pull bleu . Votre coeur de spectateur bat plus fort, qu'est-ce qu'il est beau le Louis Garrel, ces deux là vont finir ensemble. Surtout que, suivant la nouvelle tendance, lui aussi regarde Junie. Et garde une photo d'elle qu'elle a perdu. Et, par une suite d'évenements malencontrueux , genre par exemple une lettre et Matthias qui aime un garçon, on découvre que Louis ne fait pas que la regarder, non il l'aime de tout son petit coeur et n'a la tête à rien,
et surtout pas à ses amantes qu'il largue sans façon. Puis il s'occupe de le faire comprendre à Junie. Junie aime Louis aussi, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes? Princesse de CLEVE je vous ais dit donc non, si Junie aime Louis, Junie ne va surtout pas finir avec Louis, malheureux que vous êtes! C'est là que je vous dit que la vie est trop simple : vous auriez à choisir entre quelqu'un de gentil, mais qui n'a que ça pour lui, que vous n'aimez absolument pas, que vous trainez comme un boulet, et le canon-intelligent-fleur bleue et qui en plus est un prof (soit dit en passant, ce type est donc parfait, et par voie de conséquence n'existe pas, mais peu importe, la magie du cinéma et ses voies impénétrables...) vous choisiriez quoi? (abandonnez trente seconde votre esprit de contradiction nul, siouplait )le choix est trop simple pour Junie, quand on est une héroïne on se doit de ne pas accéder au bonheur, c'est ça la philosophie princesse. Alors Junie va choisir Otto, mais va quand même lui dire qu'elle en aime un autre, c'est vraiment trop délicat, fallait pas. Le film est loin d'être parfait, la scène finale (Junie à la mer) frise même le ridicule. Les acteurs sont bons, Louis est très bon. Paris est filmé avec sincérité, rare pour toutes ces générations post-Fémis, rien que pour ça j'applaudirais presque, mais non, trop d'imperfections impardonnables (et en plus Otto chante, une catastrophe le passage chanté!). Quoique. L'autre film sur l'école du moment, Entre Les Murs, est cliché et dégoulinant de bons sentiments dès la bande-annonce. Ici, les ados et l'école sont filmé avec une sorte de finesse, et presque de la justesse (presque). Et finalement, en sortant de la salle, vous avez quand même une petite bulle blanche qui flotte sur le visage.








